Forum Jeu de Rôle Batman
 

Partagez | .
 

 Sodome

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Criminel(le)
Masculin Messages : 25
Date d'Inscription : 08/06/2017
avatar
Dollmaker
MessageSujet: Sodome   Mer 4 Oct - 12:32





Sodome

Dollmaker - Jason Todd / Red Hood - Tim Drake



L’inspecteur proche de la retraite fouillait dans le coffre de sa voiture parquée au bout d’une ruelle étroite entre deux immeubles d’habitation délabrés, au milieu de la nuit dans le quartier malfamé de l’East End, à la recherche d’une boîte de gants. L’affaire du Tueur aux poupées était sa dernière enquête. En trente-trois ans passés dans la police – dont dix-sept en tant que détective de la brigade criminelle -, il avait vu tant d’horreurs que c’était un miracle qu’il pût encore dormir. Les atrocités commises par Dollmaker dépassaient de loin tout ce qu’il avait rencontré depuis le début de sa carrière. Il avait pu prendre conscience durant toutes ces années de métier de ce que l’humanité pouvait avoir de pire. Meurtres, agressions, tortures, humiliations, dégradations de toutes sortes.  Des maris qui tuent leurs femmes, des femmes qui tuent leurs maris, des enfants qui tuent leurs parents, des parents qui battent à mort des bébés, des amis qui s’entretuent, des étrangers qui en tuent d’autres. Et tout cela sans rime ni raison. Un coup de folie momentané. Des crimes passionnels. Une violence absurde ou gratuite. Il en était venu à croire que Gotham City reflétait ce qui allait caractériser l’avenir : la régression, une société qui marche à reculons. L’Homo sapiens qui retourne dans la fange dont il est issu.

Son partenaire avait été le premier sur les lieux. Il l’avait attendu patiemment sur le trottoir d’en face, le cou recroquevillé dans le col relevé de sa longue veste noire afin d’éviter que les lourdes et incessantes gouttes de pluie ne le percutent violemment. Il avait un physique d’haltérophile : une grosse poitrine, une petite taille et de larges épaules d’où les bras pendaient étrangement. Les deux officiers chargés de l’enquête depuis l’évasion du tueur du centre pénitentiaire et psychiatrique d’Arkham enfilèrent chacun une paire de gants et entrèrent dans la grande demeure des Mathis après s’être assurés qu’elle était vide. La famille de psychopathes, considérés par la presse gothamienne comme les plus dangereux de la région, était – chose curieuse – momentanément absente. Bien que le danger pesait au-dessus d’eux, l’occasion était bien trop alléchante pour ne pas la saisir. Rien n’était cependant légal dans cette opération et ils n’avaient en réalité aucune raison de se trouver là. Personne ne devait les voir. Si le cannibale s’en tirait librement pour cause d’absence de mandat, il recommencerait indéniablement à tuer. Au diable les procédures ; il était grand temps, à leurs yeux, de prendre des risques et de l’arrêter au plus vite.

Le living était étonnamment sombre : rien de surprenant à cela, les murs étaient peints en noir. En dehors de la lampe, de quelques tableaux portrait sur les murs et d’un mobilier sommaire, il n’y avait strictement rien dans la pièce. L’odeur épouvantable qui semblait s’être confortablement installée depuis un long moment dans la maison obligèrent les officiers à se boucher le nez avec leur cravate. Le plus jeune s’arrêta devant une porte et se demanda s’il devait sortir son arme. Dollmaker ne pouvait pas se trouver là – à moins de s’être changé en oiseau de proie et d’être revenu par la fenêtre. Il avait, malgré tout, un pressentiment. Il ne dégaina pas, mais posa quand même la main sur la crosse. La nouvelle pièce était tout aussi sombre que le séjour. Il chercha l’interrupteur à tâtons. Une ampoule de cent watts projeta une lumière vive sur une pièce chichement meublée. Là encore, les murs étaient peints en noir. Le lit n’avait pas de matelas, rien qu’un cadre métallique. Il y avait un drap déchiré mais sans être accompagné d’un oreiller. Le drap présentait de grosses taches de sueur et de rouille. Juste au milieu de la chambre, se dressait un bureau en chêne surmonté d’une lampe. Il tira la chaînette et l’alluma. Pas un seul objet sur le bureau. Il écarta la chaise et ouvrit le tiroir du milieu, qui ne contenait qu’une vieille Bible à la couverture noircie. Dans le tiroir de droite, des flacons d’aspirine vides s’alignaient comme des soldats à la parade. Il y en avait une énorme quantité et l’inspecteur prit la peine de les compter. Une bonne quarantaine au bas mot. Le tiroir de gauche renfermait trois boîtes de balles, de types différents mais toutes de neuf millimètres : des balles explosives, des balles au mercure, d’autre au Teflon. Ces dernières avaient reçu le surnom de « tueuses de flics » parce qu’elles parvenaient à pénétrer les gilets pare-balles. Puis il remarqua la présence d’une toute petite table dans un coin de la pièce. Elle servait de support à une petite scène, une sorte de maquette de décor de théâtre faite de carton et de papier de couleur.  Des hosties avaient été disposées en demi-cercle pour mieux mettre en valeur un pot de mayonnaise dans lequel un nez humain, probablement celui de Rachel Shade, le mannequin assassiné, baignait dans un liquide trouble.

Bon sang… murmura l’inspecteur en se frottant le poignet.

Son attention fut attirée par une lueur rougeâtre, provenant de dessous une porte du couloir peinte en noir. Il s’en approcha lentement, l’estomac retourné à l’idée de ce qu’il allait encore trouver – d’autres fragments humains, pourquoi pas, des têtes, des pieds, des doigts, des yeux, des oreilles, des organes génitaux. Il tourna le bouton et poussa lentement la porte. C’était une salle de bains, éclairée par une ampoule rouge fixée au-dessus de l’armoire de toilette. Des pellicules photo pendaient à la tringle de la douche. Dollmaker avait transformé cette pièce en chambre noire. Les murs étaient entièrement recouverts de tirages. L’inspecteur en fut abasourdi. Il y avait là des photos représentant le justicier Red Robin en pleine déchéance, le visage suppliant ; le commissaire de police James Gordon. Il y avait également des clichés d’une blonde pulpeuse assise au bord d’un lit. Elle n’était ni morte ni blessée, mais elle avait tout de même l’air très mal à l’aise. Des photos de corps humains, des gros plans de bouches et de doigts. L’inspecteur les examina attentivement, frappé par le soin que le cannibale avait apporté à ses crimes.

La demeure était maintenant envahie par les spécialistes du laboratoire de la police scientifique. Il y avait suffisamment de quoi les occuper bien que le temps fut compté et qu’il fallait faire vite.  Deux techniciens relevaient les empreintes tandis qu’un autre examinait le petit théâtre où était exposé le nez flottant laborieusement dans le bocal. Un quatrième faisait l’inventaire minutieux du bureau de Dollmaker. Le vieil inspecteur, lui, s’était enfermé dans la deuxième chambre de la maison où était installée la bibliothèque du tueur. Les rayonnages couvraient trois des murs de la pièce. Les titres étaient très révélateurs de sa personnalité, mais il n’y trouva rien de bien surprenant : Histoire de la théologie, De la lobotomie à la pharmacologie, Manuel des armes blanches, Somme théologique, Revue juridique internationale, Petite livre de cuisine à l’usage des anarchistes. Le dernier mur était consacré aux notes personnelles du tueur. Des psychiatres auraient tué pour avoir le privilège de les consulter ne serait-ce que pendant quelques minutes. Chacun d’eux comportait des centaines de pages, des dessins et des illustrations provenant soit de magazines, soit de planches contacts. C’était à la fois horrible et fascinant. L’officier y piochait au hasard pour se faire une idée du psychisme de sa cible. Ses écrits, ses aphorismes, ses pensées, ses croquis, tout cela lui flanquait la chair de poule. Pas parce que c’était bizarre ou grotesque, mais bien parce qu’à un certain niveau, il ne pouvait s’empêcher d’être d’accord avec lui. Comme lui, le tueur en avait plus qu’assez de toute la racaille que l’on est obligé de côtoyer tous les jours. Seule différence, l’inspecteur n’avait pas pris comme le tueur le taureau par les cornes. Même si c’était complètement dément, il était bien obligé de reconnaître que Dollmaker ne tournait pas le dos aux problèmes ; il s’efforçait de changer les choses en commettant des actions d’éclat que nul ne pouvait ignorer.

Le jeune inspecteur rejoignit son partenaire et sortit de sa poche un sachet plastique qui contenait la photo de la blonde trouvée dans la salle de bains. Mollement appuyée à un réverbère, elle était assez attirante en dépit de son maquillage outrancier et de ses allures de prostituée. Je l’ai trouvée dans la chambre noire de la salle de bains à côté de celles d’autres victimes et d’éventuelles prochaines autres victimes.

On va appeler la brigade des mœurs, ils auront peut-être une idée sur l’identité de cette femme. Avec un peu de chance, on la trouvera saine et sauve. En tout cas, elle lui a tapé dans l’œil. Autre chose ?

J’ai trouvé ça avant de vous rejoindre. Il prit un autre sachet en main et le tendit à son partenaire qui dut remettre sa paire de lunettes pour distinguer clairement de quoi il s’agissait. Un ticket de caisse provenant de chez Wild Bill – une boutique spécialisée dans les articles en cuir. Le montant était élevé : 502 dollars et 64 cents. Le tueur semblait avoir passé commande d’une pièce dans l’établissement. La date d’enlèvement au comptoir était aujourd’hui même, quelques heures avant qu’ils ne découvrent le document. La piste fut relancée et ils quittèrent précipitamment la demeure pour se rendre sur place grâce à l’adresse mentionnée tout en bas.

La boutique de cuir de Wild Bill était voisine de celle du concessionnaire Harley Davidson et Bill habillait les motards. Les innombrables vêtements accrochés aux murs et au plafond donnaient à sa boutique une atmosphère de jungle. Il y avait de larges ceintures et des bracelets piquées de clous d’argent ; des blousons de cuir marqués dans le dos du sigle Harley ; des vestes de moto ; des gilets frangés, des cache-poussières, des bottes à bout carré ; des casquettes à visière et des chapeaux de cow-boy ; des fouets à bétail et même quelques selles sur mesure. La seule chose agréable dans la boutique était l’odeur même du cuir. Les deux inspecteurs se tenaient devant la caisse enregistreuse et Bill derrière le comptoir. Il était une véritable caricature : cheveux longs ramenés en queue-de-cheval, grosses rouflaquettes, dents noircies et tatouages sur les biceps.

Et vous dites qu’il l’a pris ce matin ? lui demanda le jeune officier. Vous en êtes certain ?

Ouais, c’est le genre de truc qu’on oublie pas. Il désigna le cliché Polaroïd posé sur le comptoir et dévoila ses chicots dans un sourire de satisfaction. Les inspecteurs évitèrent de regarder à nouveau cette photo. C’était à vomir. Barton, ouais. Un nom facile à se rappeler. Je me suis dit que c’était sûrement un acteur de porno quand il m’a expliqué ce qu’il voulait comme pièce. J’aurais dû lui demander plus d’argent, j’ai vraiment bien bossé sur ce modèle. C’est du travail d’artiste. Ce type va sûrement bien s’éclater si c’est ce qui lui plaît. Le client est roi. Mais je vous rassure, c’est pas le truc le plus dingue que j’ai fait.

Il vous a dit ce qu’il allait faire de ça ? Il vous a raconté quoi ? Ce n’est quand même pas banal ce genre de pièce...

Il a pratiquement rien dit, il était pressé. Vous savez, comme quand on a envie de pisser et qu’on cherche à interrompre la conversation pour aller se soulager ailleurs. Je l’ai trouvé un peu bizarre ce type. Mais bon, cette ville est remplie de tarés, alors moi je me contente de me faire du fric comme je peux. Je gagne ma vie et je demande rien de plus tant qu’on me fout la paix.

Le hurlement d’une sirène de police interrompit Bill dans ses explications. Il eut l’air paniqué. Apparemment, il avait eu maille à partir avec la police dans sa jeunesse. Un véhicule de patrouille s’arrêta au bord du trottoir et un policier en uniforme se précipita à l’intérieur de la boutique.

On en a une autre, les gars ! Une autre victime, dans un salon de massage à Crown Point dans le Westside ! C’est la pute !

Les officiers ne surent quoi répliquer. Ils étaient paniqués mais, en revanche, pas surpris. Ils savaient tous les deux parfaitement que la série n’était pas terminée et que Dollmaker ne cesserait jamais de tuer tant qu’ils ne l’interpelleraient pas. Ils arrachèrent brusquement la photo du comptoir et quittèrent l’établissement sans dire au revoir à Bill, toujours aussi dégoûtés par ce qu’il avait transmis au tueur en échange d’une belle somme d’argent.





Le Tueur aux poupées s’amusait depuis des semaines avec les inspecteurs qui n’étaient une fois de plus pas parvenus à l’empêcher de commettre un nouveau crime effroyable. Avachis dans leurs salles d’interrogatoire respectives, leur foi en l’humanité s’estompait petit à petit. Il n’était plus possible pour eux de croire en la bonté naturelle de l’homme alors qu’il était capable de contraindre un quadragénaire homosexuel pervers de tuer une prostituée en la poignardant à plusieurs reprises dans son sanctuaire le plus intime et de l’admirer tandis qu’elle se vidait de son sang par ce même orifice. Bien des policiers s’étaient déjà risqués à retrouver la trace du cannibale, en vain. Au-delà de ses nombreux meurtres, le prolongement de cette violence était perceptible chez ceux qui l’avaient poursuivi, manifesté par leur obsession faisant passer l’enquête avant leur famille, par leur peur de devenir l’une de ses victimes ou la tentation de créer de fausses preuves sous peine de se voir destituer de leurs fonctions. Les deux inspecteurs étaient, comme tous les autres précédemment, sur le point de craquer, comprenant qu’ils gâcheraient eux aussi à leur tour leur vie en traquant un fantôme qui, finalement, serait plus inoffensif mort que derrière des barreaux. En fin de compte, démissionner ou prendre sa retraite n’était pas si honteux. Les justiciers auraient peut-être plus de chance qu’eux.



Code par xLitlle Rainbow & Altheda


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 

Sodome

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Gotham City Rebirth ::  :: Westside :: Crown Point-